Même en choisissant le camp d'internement de Gurs, je ne mesurai pas tout à fait ce que j'avais choisi d'élucider.
(Je vais dédoubler mon article : celui-ci parlera essentiellement de ma visite ; un autre publié sur just-an-element sera consacré aux témoignages.)
Samedi 25 octobre, hier donc, nous avons décidé (ma mère et moi) de faire d'une pierre deux coups : aller à Oloron-Sainte-Marie chercher les chocolats Lindt pour le voyage au Portugal et visiter le camp. Nous avions rendez-vous à 14Havec M. Bonnecaze, bénévole membre de l'Amicale du camp de Gurs, que je devais interviewer en quelque sorte.
Il faisait très beau, très chaud en plein soleil, un peu frais à l'ombre, une belle journée d'automne avec des feuilles recouvrant les allées (comme sur la photo). Tout était silencieux, pas un souffle de vent comme de vie. On prend déjà conscience de la gravité des lieux immenses, de la gigantesque lande argileuse que fut autrefois celle du camp de Gurs.
Notre guide arrive, il est souriant, il semble ravi de nous voir nous intéresser à l'histoire du camp. Nous l'écoutons, je prends des notes. J'avais préparé quelques questions, mais je n'osais pas interrompre les explications que me fournissait mon guide et qui y répondaient sans le savoir.
Nous nous engageons sur la route centrale du camp, bordant un pré de joyeux poneys noirs dont les seuls hennissements troublaient le claquement de nos pas sur le béton, ou l'atmosphère pesante de l'endroit. Nous nous dirigeons vers les bois.
Le parcours est jalonné de 21 lutrins, ces stèles qui nous racontent progressivement les événements, en trois langues différentes (français, espagnol, allemand). Un texte assez court à chaque fois, accompagné d'une photo ou d'une illustration, d'autres fois d'un témoignage dont l'un m'a particulièrement touché tellement cela m'a paru dur.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il n'y a rien à voir. Tout simplement parce qu'il n'en restait plus rien dans les derniers jours. C'est un cheminement dans la forêt et des esquisses de "baraques" (les maisons rudimentaires où séjournaient les internés par groupe de 60) longent les allées. Une baraque a été reconstituée par un groupe de lycéens, c'est celle que l'on aperçoit sur la photo.
Il n'y a rien à voir, mais tout à sentir. Cet aspect oublié des choses, éteint, lointain, nostalgique, renforcé par les couleurs automnales, les feuilles jaunes, rouges, vertes échouées dans nos foulées. J'avais la tête pleine non pas de la meilleure façon d'exposer mon TPE, mais de ce calme paisible qui fait écho à des années de souffrance.
Le parcours fait une boucle, nous nous redirigeons vers l'entrée du camp ; passons devant l'infirmerie ; dépassons l'esquisse d'une baraque en hommage aux détenus ; prenons enfin la direction du cimetière.
La sensation de recueillement qui s'en dégage est inexprimable. Plus d'un millier de morts y repose, dont l'immense majorité est juive, mais aussi des Espagnols de l'armée républicaine et des volontaires des brigades internationales, qui ont payés de leur vie leur combat pour la liberté et la démocratie. Un monument est élevé à la mémoire des Juifs déportés dans des camps d'extermination, victimes de la barbarie nazie ; une autre est stèle est dressée plus loin et rend hommage aux républicains espagnols et aux brigadistes, morts au camp de Gurs. Je remarque des petits cailloux posés sur certaines stèles : c'est une coutume funéraire juive, on ne dépose pas de fleurs mais des cailloux pour honorer les défunts.
Comment ne pas se sentir concerné, touché, par tant de pierres tombales, qui sont autant d'hommes qu'une barbarie monstrueuse a emportés. J'étais réellement émue, j'avais presque honte de prendre des photos, mais je leur rends encore silencieusement hommage, et même à travers cet article.
Je tiens également à remercier M. Bonnecaze qui nous a chaleureusement invitées à le rencontrer et qui nous a convaincues d'adhérer à l'Amicale du camp de Gurs.
L'Amicale compte 600 membres répartis dans toute la France. Unis par une véritable fraternité, ses membres combattent sans cesse pour le respect de la dignité humaine, pour la démocratie et la liberté. Leur objectif est de rappeler l'histoire de Gurs aux générations suivantes, d'en sauvegarder la mémoire au fil du temps. Car enfin le camp de Gurs est trop méconnu aujourd'hui, même par les habitants de notre région.
On va se procurer le DVD "Mots de Gurs" =).
Bref, vous l'aurez deviné, une visite à faire pour soi et pour les autres.
(Là j'abrège parce que je commence à saturer).
